dimanche, juin 20, 2021

RDC-Page d’histoire : Pascal Tabu Ley dit Rochereau ou le jeune congolais qui rêvait de devenir prêtre catholique et qui devint le  » Seigneur  » de la musique congolaise !

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1. L’histoire de ce génie de la musique congolaise commence au numéro 158 de l’avenue Baraka, quartier Ruwe, dans la commune de Barumbu à Léopoldville ( qui deviendra Kinshasa en 1966 ). A cette adresse habite un couple: Joseph Tabu, batelier à l’OTRACO (ONATRA) et son épouse, Colette Gokuni. Le couple a un problème. Il n’arrive pas à avoir d’enfant depuis plusieurs années de vie commune. Pour résoudre ce problème de stérilité, les époux se décident de réunir les deux familles; celle du mari et celle de la femme. Au cours de cette réunion, on procède à des cérémonies pour invoquer les esprits des ancêtres et implorer leur clémence pour qu’ils accordent une progéniture au couple Tabu et Gokuni.
2. Quelques mois seulement après les offrandes aux mânes des ancêtres, Colette Gokuni tombe enceinte. Le couple décide que, pour remercier les ancêtres, la femme ira accoucher au village d’origine du mari.
C’est ainsi que le 13 novembre 1940 naît à Sinamuey, territoire de Bagata, dans l’actuelle province du Kwilu, un garçon qui sera prénommé Pascal Emmanuel. Mais ,par confusion, l’officier de l’état-civil qui enregistre la naissance de l’enfant à Bagata va l’inscrire dans son registre sous le nom de Pascal Emmanuel Sinamuey, nom du lieu de naissance. Le jeune Pascal va porter ce nom, contre sa volonté, jusqu’en 1959; année où il va récupérer le patronyme de Tabu en remplacement de Sinamuey.
Au mois de mars 1941, Colette Gokuni et son bébé Pascal reviennent à Kinshasa.
3. En 1948, le jeune Pascal est inscrit à l’école primaire Saint-Pierre qui appartient aux Pères de Scheut. En première année primaire, il est condisciple de Dominique Sakombi, qui deviendra ministre et propagandiste du mobutisme sous la deuxième République. En deuxième année, son enseignant s’appelle Papa Lita, père du futur musicien Gaby Lita ou Lita Bembo. En troisième année, il est enseigné par monsieur Kaniki, le grand-frére du futur Cardinal Mosengwo et du sénateur Kaniki.
Arrivé en sixième année, le jeune Pascal est transféré à Sainte-Anne (qui deviendra plus tard le Collège Saint-Joseph) parce que, à l’époque, Saint-Pierre n’a pas de sixième primaire.
Un jour, monsieur Mabiala, enseignant dans cette classe de sixième, va poser cette question à ses élèves en cours d’histoire:  » Comment s’appelait l’officier français qui a tenu en échec les militaires allemands à Belfort en 1870 ? « . Toute la classe est restée silencieuse. Le jeune Pascal se lève et répond timidement:  » le colonel Denfert-Rochereau « . Monsieur Mabiala le félicite et demande à toute la classe de l’applaudir pour cette bonne réponse.
Ses camarades de classe, pour le taquiner, vont désormais commencer à l’appeler  » Rochereau « . Le surnom va lui rester toute sa vie.
4. Après ses études primaires, conformément à la volonté de ses parents et par ambition personnelle, Pascal Tabu souhaite s’inscrire au Petit séminaire de Mayidi, dans l’actuelle Kongo-central, pour devenir prêtre. Il faut dire qu’à l’époque coloniale, le statut de prêtre procure une très grande considération sociale pour le prêtre lui-même (qu’on appelle  » monsieur l’abbé « ) et pour sa famille, c’est un sujet de fierté.
L’église catholique, à la grande déception de toute la famille Tabu, va refuser son inscription au Petit séminaire pour la simple raison que le jeune Pascal est enfant unique de ses parents. En effet, à cette époque, l’église catholique, tout comme la Force Publique, n’admettait pas en son sein les enfants uniques, pour ne pas priver les parents de toute progéniture.
Très déçu par cette situation, Pascal Tabu va se tourner vers sa deuxième vocation: devenir médecin. Cette deuxième porte va se refermer aussi très vite. En effet, à la suite de la séparation de ses parents, le jeune Pascal décide de s’inscrire à l’école moyenne qui organise une formation de cycle court (4 ans post-primaires). Il espère finir rapidement ses études pour prendre en charge sa mère.
Après ce cycle court, il décide quand même de faire des études supérieures à l’École Supérieure Sociale. Il termine ses études le 30 juin 1959 à Léopoldville.
5. Parallèlement à ses études, Pascal Tabu s’intéresse très tôt déjà à la musique. Vivant dans le quartier Ruwe de Barumbu (c’était le Matonge de l’époque), notre futur musicien baigne dans un environnement des bars et des musiques. C’est ainsi qu’à 10 ans (1950), il sait déjà chanter les chansons de ses idoles de l’époque : Wendo Kolossoy, Franck Lassan et Joseph Kabasele. Chansons qu’il écoute à longueur de journée grâce aux lance-voix que l’administration coloniale avait implanté dans les grandes bifurcations de la ville de Léopoldville.
A partir de 1952, il découvre quelques musiciens étrangers qui vont le marquer et influencer sa musique: Myriam Makeba, Klassen, Fodeba Keita, Tino Rossi, Gilbert Bécaud, Dario Moreno, Line Renaud, Dalida. . .
6. Pascal Rochereau commence à chanter dans les chorales des paroisses de Saint-Pierre et de Saint-Anne. En 1954, il remporte son premier prix de meilleur chanteur en herbe de son école.
En 1955, Pascal Sinamuey participe au même concours mais cette fois ci au niveau national où on dénombre cent milles participants. 45 jeunes candidats sont retenus pour l’étape finale. Après les délibérations du jury, le jeune Pascal, à 15 ans, remporte le premier prix et est proclamé lauréat des meilleurs auteurs compositeurs en herbe du Congo.
Ce premier prix lui permet d’être retenu comme le jeune qui devra chanter au mois de mai 1955 devant le roi Baudouin 1er de Belgique et 60.000 spectateurs au stade Tata Raphaël de Léopoldville. Ce jour-là , le roi des belges, en visite au Congo, et le public sont éblouis par le talent de chanteur et de compositeur de ce jeune congolais de 15 ans, Pascal Sinamuey dit Rochereau.
C’est après ce triomphe que le jeune Pascal décide de devenir chanteur-compositeur comme son idole Joseph Kabasele dit Grand Kallé.
7. Pascal Rochereau décide de se trouver un instrumentiste qui puisse l’accompagner lors de ses prestations. En 1956, il fait la connaissance d’un jeune et talentueux guitariste qui évolue déjà dans un orchestre dénommé Micra-Jazz aux côtés du chanteur de charme Gérard Madiata. Le nouvel acolyte de Pascal Rochereau s’appelle Simon Lutumba alias Simaro. Mais cette collaboration entre Pascal Tabu et Simon Lutumba ne va pas durer longtemps. En effet, le futur Tabu Ley va y mettre un terme lorsqu’il découvre que son guitariste était un  » bill « , un  » Yankee « , c’est à dire un jeune voyou. Pascal Sinamuey considérait, à l’époque, que son éducation catholique ne lui permettait pas de fréquenter ces gens-là.
8. Peu après la séparation avec Simaro, Pascal Tabu va faire la connaissance de son premier mécène qui va l’encourager et le soutenir dans cette carrière musicale. Il s’appelle Augustin Dokolo. Qui est-il ? Ce jeune et prospère homme d’affaires est né le 16 mars 1935 à Thysville (actuel Mbanza-Ngungu) dans la province du Kongo-central. Il est le premier acteur de cinéma congolais qui a joué à Hollywood dans le film « Congolia « . Ce qui lui a rapporté beaucoup d’argent qu’il va investir dans les affaires. Comme acteur, il jouera aussi dans le film d’Yves Allégret  » Terreur sur la savane  » ou  » les aventuriers du Kasai « . Film qui sera nominé au Festival des Cannes en 1962. En 1969, Dokolo va créer sa propre banque  » la Banque de Kinshasa (BK) », avec un capital de 600. 000 $ américains. Nous reviendrons, dans une autre page, sur la vie de Dokolo, talentueux homme d’affaires congolais et père du défunt Sindika Dokolo, gendre de l’ancien président angolais Dos Santos.
Augustin Dokolo et sa femme, Marie-Ngabu, vont encourager le jeune Pascal à persévérer dans la carrière musicale.
9. Mais la grande rencontre de sa carrière musicale aura lieu en 1955 ( d’autres sources parlent de 1956). Par un heureux hasard, Pascal Tabu va faire la connaissance de son idole Joseph Kabasele, la grande star de l’époque, fondateur et patron du premier orchestre de la musique congolaise moderne, l’African-Jazz.
Un jour, le jeune Pascal Tabu était entrain de passer devant l’OK Bar de monsieur Oscar Kashama alias Cassien. Il voit son oncle Gaston Atelem entrain de boire un verre avec son ami Joseph Kabasele. Son oncle l’invite et le présente à la grande star. Pascal Tabu, avec des palpitations, va avouer à Grand Kallé que c’est lui qui, depuis quelques mois, lui envoie des chansons de manière anonyme. Joseph Kabasele décide, sur le champ, de l’embaucher officiellement comme son parolier. C’est ainsi que Pascal Tabu intègre le grand orchestre African-jazz. Il a 15 ans !
A suivre !
Pour plus des détails sur la vie de Tabu Ley, voir le livre  » Tabu Ley Rochereau  » de Jean Mpisi
P.S.: Cette histoire du grand Kallé, qui fait la connaissance d’un jeune fan grâce à un ami et le recrute comme parolier, va se répéter à l’identique presque 20 ans plus tard.
En effet, Jules Shungu Wembadio est chassé, en décembre 1976, par ses amis Mavuela Somo et Mbuta Mashakado, de l’orchestre Yoka Lokolé. Il crée son orchestre Viva la musica au mois de février 1977. Le succès est au rendez-vous.
Jules Wembadio, qui deviendra plus tard Papa Wemba, avait l’habitude de rendre visite à l’un de ses amis qui habitait la commune de Lemba: Jules Nitu Mambu, mécanicien de son état. Lors de ses visites à Lemba, les jeunes admirateurs de la star avaient pris l’habitude de venir voir et écouter Papa Wemba converser avec son ami.
L’un de ses jeunes fans s’appelait Antoine Christophe Agbepa Mumba, fils d’un ancien joueur de football Ben Barek Charles. Ce dernier avait jouer dans Vita et Imana avant l’indépendance du Congo. Le jeune Antoine va faire parvenir à Papa Wemba, par le biais de son vieux du quartier Nitu Mambu, quelques unes de ses compositions; parmi lesquelles : Mère supérieure, Ebale mbonge, Aisa na Zoé, Fleur Betoko, Ekoti ya nzumbe. . .
Papa Wemba va chanter ces chansons qui deviendront des tubes et qui vont propulser son orchestre en tête des hit-parades. Il décide de recruter le jeune Antoine Agbepa comme son parolier. Ce jeune génie de la composition musicale deviendra, quelques années plus tard, la grande star de la musique congolaise moderne sous l’appellation de Koffi Olomide, le grand Mopao !
A suivre !
Par Thomas Luhaka L.
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